...Comme
on a emporté un petit peu de
chance avec nous, la douane ne pose
aucun souci, vu qu’il n’y
a personne. Doivent manger un peu de
chocolat les Suisses. Et comme tous
les soirs, le soleil s’enfuit
vers l’horizon et 2 motards le
poursuivent dans le désespoir
d’un nouvel épisode de
« A la recherche impossible de
l’hôtel perdu ». Ces
deux énergumènes suivent
la route bordant le lac en traversant
quelques villages ponctués systématiquement
d’espoir et de tentatives. Bien
évidemment, tout est fermé.
Sauf dans ce petit bourg nommé
Bret où nous trouvons refuge.
La chance continue : il est encore possible
de casser une graine ; mais tout de
suite. Y a pas de problème. Et
en montant l’escalier pour rejoindre
le restaurant, on débarque dans
une dimension du siècle dernier.
Je vous dresse le tableau : 2 tarmos
pas très frais de 3 jours (nous,
avec la tenue qui va bien avec le personnage)
débarquent dans une ambiance
style « salon de thé -
3ème âge - la croisière
s’amuse ». Je n’aurais
même pas été surpris
de croiser Edith Piaf. On s’éclipse
vite sur la terrasse couverte…
Le serveur est l’une des pièces
maîtresses du tableau. Un super
brave gars, précieux limite dandy,
qui aurait bien eu sa place sur un bateau
de plaisance comme le France ou le Queen
Mary. Bon, on s’est déjà
fait remarquer ; on va tacher d’être
calme et de profiter du repos. Ca, c’était
avant que le Ricardo ne s’amuse
à agiter un bout de pain à
proximité de la baie vitrée.
Ben ouais, faut bien s’occuper
en attendant les poulardes et les pâtés
de cerf. Je suis là, observant
le lac de Genève, assis en face
de mon compagnon de route et son pain
provocateur, lorsque que quelque chose
vient percuter à fond la caisse
la vitre nous séparant du coucher
de soleil. BBLLLAMMMM ! Et ça
rebondit.
« Bordel, c’était
quoi ça ? ? ? » Le verre
a résisté mais pas ce
qui a tapé dedans. Partout où
on va, faut qui se passe un truc. En
l’occurrence, un oiseau a bloqué
sur le pain agité par Ricardo
et il s’est lancé dans
une mission d’interception. Le
pauvre vieux, il a pas tout compris
et surtout pas qu’une vitre, c’était
transparent. Dommage ! Bon, on mange
et on va se coucher parce que ça
commence à craindre. Faut peut-être
arrêter le massacre…
Une bonne nuit de sommeil et l’équipage
de choc est prêt à reprendre
la route. Bien évidemment, la
journée ne pouvait que commencer
par un gag : il pleut. C’est décidé
: « Faut qu’on se barre
d’ici ! ». Mais pas par
Genève. J’aimerais bien
ramener un ou deux trucs de la Suisse.
Direction Martigny. Le temps d’une
toilette, d’un petit dèj
(il doit être 11 hrs) et le ciel
s’est un peu calmé. Seulement
le temps de repasser la frontière
(Les douaniers sont au poste mais no
soucis) car les gouttes nous rejoignent
sitôt investi le territoire Helvète
. On peut pas continuer comme ça,
faut mettre l’attirail anti-pluie.
Une grande première pour Ricardo
qui en mettait un pour la première
fois. Là, assister à ce
spectacle, ça vaut de l’or.
Le Richi qui découvre et qui
enfile une combarde de pluie, c’est
comme une poule géante qui essaye
de mettre un pantalon : ça hurle,
ça se débat, c’est
pas en équilibre et c’est
une catastrophe. Mais tu rigoles bien.
Ensuite, c’est tout schuss sur
de l’asphalte luisant pendant
une cinquantaine de bornes. Sur le VFR,
tout roule. Sur le TLR, y en a un qui
se marre à gérer le gros
couple. Un cm d’optimisme sur
les gaz et vas-y que le pneu arrière
gigote. Rien de méchant et nous
arrivons à destination saufs.
Martigny, bof. Pas vraiment de quoi
s’attarder. On va juste manger
2 sandwichs et acheter 4 souvenirs avant
de se barrer. Et en Suisse, le sandwich
est joueur. 1/3 de baguette, 2 tranches
de jambon, 3 rondelles de tomate : 50
balles. C’est le coup de grâce,
on dégage. Dis, c’est pas
loin Chamonix, non ! ? !
Une autochtone me renseigne sur le
trajet. D’après elle, il
faut bien 1h 30 pour se rendre à
Cham’. On verra bien. Le soleil
pointe le bout de son nez, la route
tournicote, arpente la montagne et nous
conduit au dernier poste frontière
du séjour. Personne. Photo souvenir
et on trace.
Elle est plutôt sympa la route.
On enroule sereinement, on apprécie
le décor, on dépasse Vallorcine,
et il nous aura fallu ½ heure
à tout casser pour faire le relais
Martigny-Chamonix. La Suisse que j’ai
croisé devait faire le parcours
en Solex…
Les quelques kilomètres qui nous
séparent de la maison sont pour
le moins familiers – la route
est connue de nos destriers et c’est
avec une certaine excitation teintée
du parfum « fin des vacances »
que nous approchons à vitesse
grand V de notre point d’arrivée/départ.
Je serais bien resté encore un
peu sur la route mais faut bien rentré
un jour ou l’autre.
Arrivée chez Ricardo. Sort la
béquille, pose le casque, regarde
le compteur… le chiffre tombe
: 1 700 km. « Eh ben, on a bien
roulé ! « lances-je à
mon épuisé collègue.
Lui n’a qu’une envie : un
bout de canapé et une bière.
Perso, je suis déjà en
train de penser à une nouvelle
petite balade. « L’Ukraine
un des ces 4, ça te branche ?
» Il ne répond pas ; je
crois qu’il a eu sa dose pour
le week-end. Moi aussi, dois-je avouer.
Maintenant, je vais vite m’occuper
du chocolat Suisse avant qu’il
ne s’abîme…. ;-)
F I N