Kawa
s'énerve et ça se voit.
A grands coups de pieds, le constructeur
revient au premier plan en présentant
des modèles qui font couler
beaucoup d'encre. Après la
tonitruante Z
1000 et la ZX-6RR qui signe
le retour au sport extrême,
les verts présentent la très
attendue remplaçante de la ZX-9R.
Voici la Kawasaki ZX-10R. On y découvre
une moto surprenante, belle qui
plus est, surtout dans le coloris
noir. Sur la Ninja 10, tout est
surdimensionné ou très
ajouré : Panneaux de carénage
taillés à la serpe
qui vont permettre une excellente
évacuation des calories (et
de grappiller quelques grammes grâce
au plastoc en moins), disques de
frein ultra-percés et découpés
façon "pétales".
Encore du poids en moins, une meilleure
usure et une meilleure efficacité.
Ce n'est pas seulement pour faire
joli. Le moteur est entièrement
nouveau et diablement méchant
car Kawa a sorti la grosse artillerie
pour le contenir
: cadre très très
imposant et d'une forme nouvelle,
bras oscillant maousse pire que
sur la 954
CBR, fourche inversée
et étriers à fixation
radiale. Après le communiqué
officiel Kawasaki, les chiffres
suffisent à donner le tourni
: cette nouvelle hypersport revendique 184 ch (175 sans l'air forcée)
pour 170 kg. La nouvelle référence
établie par la nouvelle R1 ( 180 pour 172)
est déjà dépassée.
Tout a été pensé
pour rendre ce bloc le plus compact
et le plus efficace possible. L'injection
est enfin arrivée sur la
grosse sportive des verts, via des
corps d'injection de 43 mm. Les
carters sont en magnésium
et la boite bénéficie
d'un étagement plus court.
Pour gaver le bouilleur, le tête
de fourche est percée d'une
prise d'air frontale comme sur la
petite soeur ZX-6RR mais celle-ci semble plus imposante.
Cela n'empêche pas la 10 R
d'avoir une meilleure pénétration
dans l'air que sa
petite soeur. Réservoir
très travaillé afin
d'intégrer au maximum le
pilote dans la machine, pot ovale
en structure
titane avec un fin revêtement
d'aluminium et clignos intégrés
- pour favoriser l'aérodynamique
-, et on grappille encore du poids
non suspendu avec des roues au nouveau
profil encore plus légères.
Ça s'annonce méchant,
pour la concurrence et pour le pilote...
Pilote est plus que jamais le mot
adéquat car la ZX-10R ne
fera pas autant de concessions que
son aînée 9R qui offrait une position de conduite
conciliante, presque hypersport-GT.
Radicale mais ô combien efficace
semble le leitmotiv de la nouvelle
génération. Kawasaki
annonçait un rapport poids/puissance
jamais vu ; c'est désormais
chose faite ! le match 2004 s'annonce
exceptionnel.
Petite,
étroite, elle a tout d'une
600. Et c'est la même chose
à bord. Position de conduite
acceptable mais on est quand même
bien ramassé. Pas question
d'espace détente pour un
voyage Paris-Nice, c'est sport,
et il vaut mieux ne pas être
trop grand. On attend beaucoup du
nouveau bloc de la 10R, tant la
puissance annoncée parait
hors-normes. Start ! Les kawasakistes
peuvent avoir le sourire : à
bas-régimes, il s'éclaircit
la voix, ou plutôt se racle
la gorge comme un bon vieux moteur
de ZRX. Avec des vibrations qui
interpellent quelque peu, on sent
vraiment qu'il y a de la vie là-dessous.
C'est dans cette plage que le bloc
déçoit quelque peu
: il semble moins rempli que celui
de la GSX-R
1000 (la référence,
il est vrai), et le 6ème
rapport n'est pas son favori quand
le régime moteur est léger.
Si jeune et déjà caractériel
? Excellent ! Puis, la mécanique
devient plus sérieuse jusqu'à
7 000 trs, sans être incontrôlable.
Du coup, on la pousse pour rameuter
les vaillants bourrins. Et là,
on commence à se poser des
questions, à sentir le dos
se refroidir... On approche des
9 000 trs... ça envoyait
déjà costaud mais
on insiste - on passe ce cap, et
la moto déménage,
comme blindée de TNT dans
les pistons.
En haut du compte-tours, le moulin
est une véritable furie,
animé d'une vivacité
stupéfiante. Il faut préciser
que les ingénieurs ont fait
profiter le moteur d'une belle panoplie
de raffinements technologiques.
Avec une telle rage, piloter cette
1 000 n'est pas de tout repos. Tout
optimisme non contrôlé
est fortement déconseillé
et sévèrement réprimandé.
Quand les watts déboulent,
il faut une belle dose de savoir-faire
et de sang-froid pour en tirer la
quintessence.
Grâce à
une allonge étonnante, on
réduit l'usage de la boite
dans certaines portions du circuit. C'est au freinage que les
émotions se poursuivent.
On appréciait déjà
les compétences de Kawa dans
ce domaine ; on n'est pas déçu.
L'efficacité est sans reproche.
On saisit le levier avec conviction
et sécurité, les bras
s'écrasent... et l'arrière
devint léger, léger,
un peu trop même. Quid ? Le
nouvel anti-driblle intégré
dans le système d'embrayage
est passé par là.
S'il est efficace, ce système
a le petit inconvénient d'entrainer
une légère dérive
de l'arrière lors des gros
freinages. Dixit les ingénieurs,
cela peut se régler avec,
au choix plus ou moins d'influence.
En dynamique, la ZX-10R est à
la fois stable et vivace, une vraie
petite 600 sport... Tant qu'on joue
avec elle. En conduite musclée,
la moto devient physique, exigeante.
Comme si elle vous obligeait à
vous sortir les tripes en échange
de son incroyable puissance. Souriez,
mais restez humble. La nouvelle
hypersport Kawasaki ne fait plus
dans la dentelle. Respect, maîtrise,
sang-froid, voici la nouvelle règle
de conduite.
M.B
(texte de l'essai inspiré par l'article de V. Vallon - Moto-journal
n° 1 596
photos constructeur |