La Harley que vous avez sous les yeux est d'une autre dimension. Une machine qui va finir de balayer les clichés typiques au constructeur américain. Qui n'a jamais entendu "Une Harley, ça avance pas, tu ressembles à rien dessus et tu frottes le cadre au moindre rond-point...". Ces stéréotypes n'ont plus lieu d'être. La V-rod avait bien commencé à bousculer - la Street-rod va sérieusement épicer la route des bikers.
Dans ce nouveau roadster à la saveur relevée, le moteur Revolution grappille 5 ch pour envoyer au final 120 canassons dans la courroie de transmission. Mais ça, c'est de la peccadille par rapport aux prétentions du Street-rod. Les indices ne trompent pas : des échappements agressifs, un système de freinage sérieux, et... ouhla, on rigole plus. Une fourche inversée, des cale-pieds placés à la verticale du pilote, c'est désormais clair - La Street-rod, c'est le roadster sport version Harley, qui pousse fort et qui prend de l'angle. Le constructeur annonce des prises d'angle de 40°.
Le moteur avait déja fait grand bruit à son apparition. Ce twin à refroidissement liquide conçu en collaboration avec Porsche fournit de gros watts. Ça devrait bien fumer sur la route sans compter que le freinage est confié à Brembo avec des disques avant et arrière de 300 mm pincés par des étriers 4 pistons. Ce sera sans aucun doute le meilleur freinage jamais proposé sur une Harley.
Attaquer, on va pouvoir le faire. Fini les pieds désaxés à coté de la roue avant. La position du pilote sur la VRSCR sera bien plus conventionnelle qu'à l'accoutumée et plus adaptéeà une conduite musclée. D'ailleurs, le clip que l'on peut visionner sur le site de Harley France est des plus explicites. Ça n'a rien de la balade bucolique ; c'est rock, speed, et c'est ça sent presque l'arsouille !
Cette adaptation de la V-rod à un usage plus "street-bike" a nécessité certaines transformations. Les roues ne sont plus pleines mais à bâtons, la fourche s'est relevée de 4°, le réservoir gagne quasiment 5 L et le poids grimpe de 10 kg. Mais le plus surprenant reste à venir : la conduite de cet engin.
A
n'en pas douter, la Street-rod va
étonner beaucoup, mais alors
beaucoup de monde. Vous avez déjà
goûté une moto américaine
à la sauce mexicaine ? Rendez
vous au printemps pour découvrir bien plus
qu'une nouvelle Harley.
Plus
tout à fait custom mais pas
encore roadster, la VRSCR conserve
de ses origines une finition et
un carrousel de chromes typiques
des belles productions de Milwaukee.
La position de conduite est bien
plus qu'une transition entre les
2 univers - les puristes Harley
seront choqués voire scandalisés
de ne plus avoir leurs pieds bien
en avant ; les fans de roadsters
musclés n'y retrouveront
pas la position d'attaque des machines
japonaises ou italiennes. En fait,
on est installé plutôt
cool, mais il faut bien se rendre
compte du bouleversement que représente
la famille Rod (VRSCA, B et VRSCR).
En 3 ans, le monde H-D a basculé
dans une autre dimension. Ce constructeur
qui ne jurait que par l'authentique
et ses traditionnels customs au
gros twin culbuté refroidi
par air offre au monde un moteur
très moderne (refroidi par
eau, 4 soupapes par cylindre, conçu
en collaboration avec Porsche) encastré
dans une machine prête pour
l'attaque. On nous aurait dit ça
en l'an 2000, on aurait crié
à l'hallucination imbuvable.
Longue,
basse, brillante, la Street Rod
vous drague ouvertement. Cela aide
à faire passer la pilule
du poids élevé de
la moto. Ce n'est pas une Electra
Glide mais plus de 300 kg, ça
se sent. Cela s'estompe en roulant
puis on profite de la souplesse
du couple transmission-moteur. Si
l'on parvient à composer
avec l'épouvantable rayon
de braquage, des commandes viriles,
et un tableau de bord hors de l'axe
de vision du pilote, la VRSCR n'est
point invivable dans la city.
Là n'est point l'intérêt.
Cruisant à la vitesse de
confort imposé par la protection
inexistante, on déguste le
caractère du twin 1130. A
bas régimes, il baroude avec
de gros ronflements en étirant
son muscle. Bien que la puissance
soit bien là, la vivacité
des bielles n'est pas celle d'une GSX-R ; un peu comme si on demandait à
un boxeur qui vient de se réveiller
de lancer un uppercut. Mais une
fois que l'aiguille atteint le milieu
du compte-tours, l'athlète
ouvre les yeux et lâche l'adrénaline.
Sa véritable force se manifeste
et vous emmène bien au-delà
des 200 km/h. Etonnant, à
ces vitesses prohibées, la
Street Rod ne bouge pas - belle
stabilité.
Voici venu le temps de mettre cette
Harley "qui met de l'angle"
au pied du mur. Un virage, deux
virages, un rythme costaud... Et
la VRSCR fait taire tous les détracteurs
de la marque américaine.
Elle s'inscrit dans le virolo (avec
un petit effort sur le guidon) avec
assurance et se penche très
franchement. La vitesse de passage
en courbe est à des années-lumière
d'une Road
King ou d'une Fat
Boy. La moto n'est pas aussi
vive et agile qu'une japonaise mais
on peut y aller franco. Il faut
juste ne pas oublier que l'engin
n'est ni une sportive, ni un poids
plume.
En arsouillant trop fort,
la machine ne se gène pas
pour s'éloigner du point
de corde. Heureusement, le châssis
et la qualité des suspensions
permettent de s'autoriser un rythme
de balade en roadster à la
limite du sportif.
Au moment où un frigo traverse
la route, l'autre surprise est un
régal : les freins. Les Brembo
sont à la hauteur de leur
réputation et redore le blason
Harley. Une puissance, un mordant
et un senti pareil, c'est du jamais
vu sur une H-D.
Maintenant,
en poussant la porte de votre concessionnaire
Harley-Davidson, vous pouvez lui
demander ceci : "Je cherche
une moto très classe, qui
pousse fort, qui prend de l'angle
à loisirs et qui freine costaud
!". Un truc invraisemblable
au XXème siècle mais
disponible aujourd'hui : la VRSCR.
M.B
(Texte de l'essai inspiré par l'article de L. Cochet
Moto-Journal
n° 1 652 -
photos constructeur) |