"Allez,
promis, je te la ramène intact...!"
Voila bien 1/2 heure que je négocie
âprement une VTR
SP-1 ou une 1300
Pan-European pour honorer mes rendez-vous
de la journée. Le CB
500 est en révision et j'ai
1 000 trucs à faire. Thierry
hésite, flanche, puis, vaincu,
il me laisse les clés d'un 650
Dominator... Glurps ; moi qui me
voyait déjà cruiser au
guidon d'un V4 transversal, je vais
finalement découvrir le trail
urbain version monocylindre. Bon, pourquoi
pas !?! Depuis ma TDR
125, je n'avais chevauché
aucun trail.
Comme
elle n'a pas tourné depuis une
volée de semaines, la mise en
route réclame du doigté,
un soupçon d'énergie et
un minimum de conviction. Très
vite, c'est l'acharnement puis Fab (Mécano
Honda) et ses tournevis prennent le
relais. 3 min de mains expertes et le
mono finit par s'ébrouer. Rien
de bien méchant, juste un manque
d'exercice. Le Poum-poum-poum-poum caractéristique
du moulin patiente gentiment mais l'heure
tourne. Faut penser à la route.
Machinalement, je lance la jambe droite
pour m'installer à bord... Paf
! Dans le cul de la brêle. OK,
la moto est bien plus haute que je ne
le croyais. Un lever de genou plus énergique
et j'atteints l'autre coté de
la selle. Plus qu'à rapatrier
le reste de ma personne. Hmmppfff !
C'est haut. On ne monte pas sur un Dominator,
on l'escalade. Avec mes 1 m 73, les
pointes de mes pieds touchent à
peine le sol. Sous mes yeux, les aiguilles
des compteurs me ramènent 15
ans en arrière. Je croyais être
dans l'ambiance, j'ai encore rien vu...
"Bon,
ben, on y va." La prise en main
est quelque peu déroutante. Manœuvrer
avec ce grand guidon et des contacts
illusoires avec le sol font de moi un
pingouin sur la banquise. Les repose-pieds
placés en avant de l'axe de l'assise
me surprennent. Une fois sur deux, je
les loupes en tentant de poser mes bottes.
La position de conduite est vraiment
"assise", comme on pourrait
l'être sur une chaise avec un
large guidon devant soi. Sortant du
parking, je renonce vite à rouler
sur un filet de gaz du fait du manque
de souplesse du moulin. Normal, t'as
déjà vu un mono rouler
à 1000 tr/mn ? Autant se libérer
de l'appréhension et se balader
avec entrain tout de suite. Le moulbif
ne tarde guère à me faire
partager son caractère. Peu puissant
dans l'absolu mais vivant, il accompagne
les premiers rapports d'un bon coup
de pied au cul quand la poignée
de gaz se fait généreuse
aux mi-régimes. C'est là
qu'opère le mieux la force du
moteur. Quand je dis vivant, je veux
surtout dire présent. Le bloc
adore vous communiquer ses vibrations,
de la colonne vertébrale jusqu'au
bout des compteurs. A 10 km/h, tableau
de bord et le demi-carénage commence
à vibrer. Ca s'amplifie au fur
et à mesure de la prise de vitesse
puis l'habillage se calme alors que
l'instrumentation s'exorbite de son
emplacement. Au dessus de 100 km/h,
on dirait qu'il cherche à s'enfuir
avec l'énergie du désespoir.
Comique. Je prends un peu de vitesse
pour tutoyer les limites légales.
Inutile de tirer comme un sourd sur
les rapports. Le mono n'aime pas monter
dans les tours et n'est plus très
convaincant passé les 6500 trs.
140 à l’heure marque la
frontière du raisonnable. Il
faut aller chercher les km/h suivants
sans la réelle volonté
du moteur. Il a pratiquement tout donné
et ne tient pas à faire du zèle.
Révélation : je tiens
l'arme anti-radar. Avec ça, même
si tu veux, t'auras du mal à
déclencher le flash. Parfait
par les temps qui courent.
Bbbeeuuhhh...
Ah, problème. Le moulin vient
de s’éteindre en plein
milieu de la V.R.U. Carburant ? Il en
reste, peu. Une âme compatissante
en scooter 125 prouve encore une fois
la solidarité motarde. Il me
conduit à une station puis me
ramène à la meule en rade.
Glou-glou et contact. Le 650 tousse,
s'élance pour 30 m puis refuse
toute collaboration. Merde ! Qu'est
ce qui se passe.
"Allo, Fabien. Au secours ! Je
suis en rade près de la sortie
Châlles.
-OK, j'arrive..."
10 minutes après, le Fab' débarque,
sort la trousse à outils et redonne
vie au bloc capricieux. Sauvé.
Chapeau bas, S.A.V Honda.
Après
la pause carburant, le détour
qui me mène de St-Baldoph à
Chapareillan me réserve une surprise.
Des ouvriers, un trou large de 4 m et
une route bloquée. Gag. Direction
la route à droite ; que je ne
connais absolument pas - et moi qui
me paume dans Carrouf... c'est pas gagné
!
Cette petite départementale alterne
entre nids de poules, bosses en tous
genres et chemin communal bolivien.
Le Dominator se joue de ces difficultés,
bien aidé par son grand débattement
de suspensions. Après 3 km, le
parcours est un mélange de chemin
et de sentier. La moto rigole et m'invite
à m'engager avec confiance. Là
où j'aurais pété
un plomb avec ma sportive et grogné
avec un roadster, le NX 650 me décontracte
et m'interpelle. Voila son élément.
J'ai soudain envie de dunes et de cailloux,
d'oser les chemins de traverse, bref,
de "trail-ler".
Retour à la civilisation et son
bordel de voitures. Le Dominator se
faufile sans difficulté tandis
que le pilote, de par la belle hauteur
de selle, domine les autos environnantes.
Il ne faut pas hésiter à
se mettre sur un rapport inférieur
car le moulin n'est pas un modèle
de souplesse, surtout en 4 et 5 où
il est déconseillé de
descendre sous les 3000 trs. Au feu
rouge ou pour sortir d'une impasse en
manoeuvrant au pas, le fait de ne pas
pouvoir poser le pied est déstabilisant.
Heureusement que le Honda n'est pas
trop lourd. A l'arrêt, le sélecteur
garde une course molle une fois descendu
en 1ère, laissant un doute au
pied gauche – suis-je bien en
première ou entre 2 vitesses,
comme cela peut arriver quand on s'arrête
vite et qu'on n'a pas eu le temps de
tomber tous les rapports. A l'usage,
la boite fait son boulot sans être
critiquable. Je serais plus sévère
avec le freinage. Certes, il n'a pas
à ralentir un bolide. Mais il
manque un peu de puissance et de consistance.
On a l'impression qu'il y a du caoutchouc
dans les durites.
Intermarché
par ci, Bricolage par là, Le
NX m'emmène partout, sans faillir
ni râler pour démarrer
(merci Fab'). A la longue, la selle
fait sentir son manque de moelleux.
Usure du temps ou autre, mon postérieur
n'approuve pas l'assise. Les suspensions
très souples rattrapent le confort.
Si le Dominator n'est pas prêt
à faire de la route (ni la protection,
ni les performances n'y incitent), il
semble volontaire pour l'urbanisme quotidien
mais bien plus convaincant pour s'aventurer
dans les chemins pleins de terres et
de noisettes. Un bout de caractère
et un petit air de baroudeur ont de
quoi interpeller l'aventurier en herbe.
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