Tout
simplement sublime ! La dernière
Ducati, prénommée 916,
ne peut se résumer qu'ainsi.
Dessinée par Massimo Tamburini,
cette italienne au sang bouillonnant
est un bijou d'une rare pureté.
Lignes tendues, regard agressif, compacité
et finesse surprenante... Le train avant
est réellement impressionnant
avec ses disques Brembo de 320 mm enfermé
dans une fourche inversée de
fort belle facture. Avec ses 2 échappements
sous la selle et son bras oscillant
maintenant une jante à 3 branches,
l'arrière est lui aussi de toute
beauté. On n'est pas en présence
d'une moto mais d'une diva. A coup sûr,
une moto qui marquera les esprits pour
longtemps.
Le
rêve est bien là, prétendant
aux exploits mais sera t'il à
la hauteur de prendre la relève
de la 888 ? On va bientôt le savoir
mais avant, on veut en découvrir
plus Ce n'est peut être pas poli
mais on aimerait bien voir ce qu'elle
cache sous ses beaux atours.
Traditionnellement Ducati, le cadre
est un treillis tubulaire mais considérablement
renforcé par rapport à
celui de la 888. Le moteur est fixé
en trois points (au lieu de 2), le bras
oscillant est maintenant ancré
à la fois sur les carters moteurs
et le cadre ; du coup, ce dernier est
110% plus rigide. Détail qui
tue : via un système d'axe monté
sur excentrique, la direction peut être
réglée sur un angle de
colonne allant de 23°5 à
24°5. Grâce à un énorme
travail sur toute la structure de la
machine, la 916 est prévue pour
être fabriquée, entretenue,
démontée et remontée
en un minimum de temps. Tout est optimisé
sur cette superbike, du carénage
très aérodynamique en
passant par le twin desmoquattro, la
sélection des vitesses, l'embrayage
à sec, la boite à air,
les tubulures d'échappement...
On a usé beaucoup de matière
grise pour accoucher de la 916.
Et
sur piste, ça paye. Beaucoup.
Avant même de mettre le moteur
en route, on s'installe dans une machine
très bien taillée pour
la piste. Cul très haut, réservoir
très fin permettant de bien rentrer
les jambes, position franchement rapproché
sur l'avant (gaffe à pas être
trop grand), on est quasi en prise direct
avec la moto. Ce sentiment se décuple
lorsque le twin se met en route. BBBRRROOUUUMMMmmmm
! C'est viril, caverneux, profond...
ça laisse présager un
comportement de brute. A la saisie du
bout de bois, pardon, de l'embrayage,
on ne se doute pas du véritable
visage du bouilleur. Grâce à
l'injection, celui-ci se révèle
assez souple mais il faut faire attention
au gros couple. Surtout que l'embrayage
manque de progressivité. Pas
simple de faire preuve de douceur, alors
que le moteur en est capable. Pour l'heure,
il s'agit de faire parler la poudre.
Le bicylindre s'y emploie en offrant
régularité et grosse patate.
Il donne encore plus de watts vers 7
000 tr/mn puis l'on découvre
que le régime optimum de puissance
se situe vers 9 000 trs. Avant, c'est
du couple très balèze
qui vous permet de broyer les virages
; Puis, en passant les rapports quand
l'aiguille du compte-tours touche le
9, on profite d'une poussée pleine
de vigueur. La boite est excellente,
permettant d'enquiller les rapports
sans y réfléchir.
En comportement dynamique, la Ducati
est bluffante. Mais elle exige un mode
d'emploi. Si vous utilisez les demi-guidons
et le contre-braquage pour tourner,
pas la peine de continuer : vous aurez
l'impression de déplacer une
vache crevée. Par contre, en
vous déplaçant sur la
machine, c'est une révélation
d'agilité. A tel point qu'il
suffit de bouger légèrement
une jambe pour qu'elle réagisse.
En se servant du déhanchement
et du regard, la 916 se place où
l'on veut, au millimètre, pouvant
gicler d'un angle à l'autre avec
une facilité et une vivacité
surprenante. Rigide à souhait,
faisant front dans les difficultés
techniques, la Bolognaise a le don de
mettre son pilote en confiance très
vite. Avec elle, la communication est
permanente et le contrôle total.
On sent très nettement sur quel
type de terrain on roule. Les imperfections,
l'état, les particularités
de la route, la 916 vous les téléphone
en permanence. Le feeling avec le tarmac
est très fin et permet de s'adapter
instantanément. Après,
c'est au pilote de jouer.
Au freinage ou à l'accélération,
l'assiette de la moto ne bouge quasiment
pas. On pose les yeux rivés sur
la trajectoire, on sort le genou et
un bout de fesses, et la machine s'engouffre
dans le virage presque toute seule.
Rivée sur un rail invisible,
elle lisse la courbe pendant que la
main droite s'apprête à
remettre une louche de gaz. Il suffit
d'envoyer une bonne grosse dose de couple
pour qu'elle s'extirpe sans retenue
du virolo. Son équilibre et son
efficacité sont de très
haut niveau. La commande de frein est
plus exigeante. Il faut vraiment appuyer
sur le levier pour obtenir quelque chose.
Puis, en insistant bien, les Brembo
entrent en action de manière
convaincante. L'arrière n'a pas
ces propriétés, on s'en
servira juste de ralentisseur ou de
correcteur de trajectoire.
Des
machines aussi belles, on est très
tenté de les montrer au public.
En dehors du circuit, la belle conserve
toute sa sublime mais vous le fera payer.
La position de conduite invite rapidement
la fatigue au niveau des poignets. La
protection est assez proche du symbolique.
Le confort reste typé circuit.
Rien à voir avec une balade de
plaisance, même si le parfum de
la piste ne s'évapore jamais,
qu'elle que soit les chemins que l'on
emprunte.
Ducati
peut être fier : le constructeur
offre au peuple une machine aussi belle
que grisante à piloter. Une authentique
machine de course qui semble être
née entre les vibreurs. Avec
elle, le pilotage se transforme en extase.
Il faudra faire l'impasse sur les aspects
pratiques mais cela est-il réellement
important sur une moto de race. Magnifique
sur la piste, elle accepte de s'aventurer
sur route ouverte si vous êtes
prêt à la supporter. Un
arrêt à la terrasse d'un
café et vous allez voir l'attroupement
de badauds. Un coup de gaz et leur respect
vous sera acquis.
On ne parle pas de prix, ce serait indécent,
surtout pour une bécane dont
la destinée parait aussi fabuleuse
que le sont sa silhouette et son pilotage.
M.B
(inspiré par Moto-journal - photos
internet) |