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Notre aventure au Bol d'or - Épisode I : Derrière la course


            Vendredi 10 septembre. Quelques sourires, des calambours, une farandole de visages reflétant la joie et l’excitation… Il est 8 hrs du matin et notre équipe met un point final aux préparatifs avant le départ. Certaines personnes en discutaient la veille, d’autres ne se sont pas vues depuis un an. C’est ça aussi le Bol d’Or : l’occasion de revoir des gens que l’on ne rencontre que durant ce week-end. Salutations, vérifications, et le camion des « Sangliers du Grésivaudan » (notre club) prend la route pour rejoindre Magny-Cours. L’équipe de motards du matin patiente encore quelques minutes pour attendre les oubliés du réveil.

             9 hrs. Il est temps de partir. Une dizaine de « Sangliers » quittent leur sage petite ville pour retrouver cet évènement qu’ils attendent depuis plusieurs mois. Tout n’est pas réglé pour autant : certains doivent faire le plein ou vérifier la pression des pneus. On essaye de se mettre d’accord. Peine perdue. Il est 9 h 05, on vient de sortir de la ville et déjà le groupe s’est scindé en 3. Comique.
Pas inquiets, on trace la route jusqu’au 1 er péage situé à 30 bornes et, surprise, on y retrouve un 1 er groupe. Quelques minutes d’attente et le dernier tiers nous rejoint. Eric vient de se faire sermonner par une patrouille de gendarmerie. Sans conséquence mais une réprimande à seulement 1/12 ème du parcours, ça promet.
Ne soyons pas mauvaise langue. Le voyage s’apprécie sans intervention des forces de l’ordre et l’on se permet même une bonne arsouille à la fin du parcours. L’excitation nous gagne, la moto s’en régale également. Au fur et à mesure que l’on approche de Magny-Cours, le nombre de motards est grandissant. A quelques kilomètres de l’arrivée, le flot de bécanes est à la limite du spectaculaire. En orbite autour du circuit, il n’y a plus que deux populations : les motards et la police. On s’en fout, on vient pour le Bol !
Je délaisse momentanément mon groupe pour récupérer une accréditation. Votre serviteur a en effet eu le privilège d’obtenir un « Pass Presse» (encore merci aux Editions Lariviere) qui va lui permettre de voir l’envers du décor. On y reviendra bientôt.

            Le badge en main, je rejoins l’équipe qui commence à monter le campement. Le vendredi midi, les excités du rupteur et les fracassés du bocal ne sont pas encore totalement opérationnels. Ca hurle bien par ci par là mais la folie n’est pour l’instant que susurrée. On se pose, on monte les tentes et le bar (très important), on sort la gazinière, on place les bières au frais, et, point final, on hisse le drapeau, symbole de notre expédition et point de repère pour se retrouver dans cette jungle qui accapare le terrain.
Les « Sangliers » s‘installent ; pendant ce temps, je pars dans les coulisses. C’est alors un moment intense pour moi. Je m’approche de la salle de presse gardée par un officiel. Vais-je passer ? Je m’occupe de Motoplanete, pas de Moto-journal ou TF1. Pourrais-je vraiment entrer dans le monde du journalisme moto professionnel ? C’est peut être un détail pour vous mais pour moi, ça veut dire beaucoup (Michel Berger – France Gall). Le garde vérifie mon Pass, tout est en ordre, j’entre.

            Devant moi se profile une longue salle dont le plafond n’est que téléviseurs. Les résultas des essais, la météo, une foule d’informations, le pouls du circuit se tâte d’ici. Peu de journalistes sont présents, la plupart ne viendront pour écrire leurs articles qu’à partir de demain. La course n’ayant pas encore commencé, les observateurs patientent. J’en profite pour prendre quelques contacts. Maladroit, j’apostrophe les personnes autour de moi pour me renseigner, tenter d’apprivoiser le milieu, prendre mes marques. Premier contact. Discuter avec un journaliste de France 2 impressionne ; il m’expliquera que tout le monde est sympa, ouvert, mais pour chacun, le temps est compté. On vient pour bosser. Je rencontre certains webmasters de sites très connus. Occupés comme il se doit et concentrés sur leurs PCs, ils prennent toutefois un peu de temps pour discuter. Entre acteurs du net, on se comprend plus facilement. Des rencontres marquent plus que d’autres. Steph’ la case de « Moto et Motards» vient d’entrer dans la salle. Je le salue. On discute. Il passera gentiment 20 mn avec moi à m’expliquer une foule de choses sur le métier. Merci Steph’.
Il a du travail, je le laisse. Une conférence de presse a lieu dans quelques minutes. C’est alors que j’aperçois Mr Christophe Guyot, patron du GMT 94. Je l’interpelle et nous discutons quelques minutes. Moment d’intense émotion que cet entretien avec le team manager champion du monde.
La conférence présente les 3 équipages qui ont signé les meilleurs chronos ainsi que la première équipe en Stocksport. Les pilotes prennent la parole tour à tour. Ils sont à la fois confiants et prudents pour l’épreuve qui s’annonce. Tous sont habités par le même regard : « la course sera dure mais on veut la gagner – et on se battra pour y arriver ! ». Le temps est à la parole, quelques légèretés et rires s’échappent. L’angoisse ne transparaît pas, on la garde pour le lendemain.

            L’autre grand moment de cette conférence est l’allocution du Team « Moto Revue – L’Intégral » et du champion Kevin Schwantz. Retraité des Grands Prix, le Texan s’est engagé sur cette course qui est une première pour lui dans le genre. Hormis une participation aux 8 heures de Suzuka, Kevin n’a jamais fait d’endurance. Sur son visage, le temps a laissé des traces mais la course permettra au quadragénaire de montrer tout son talent.

            Je quitte la salle pour une visite furtive dans le paddock. On y reviendra durant la course.

             Sur le chemin pour rejoindre le camp, les choses ont bien évolué en quelques heures. Les motards arrivent dans l’enceinte à flot continu pendant que les moteurs commencent à cracher leurs décibels un peu partout. Commençons par accueillir la 2 ème équipe qui est parti à 14 hrs et doit arriver sous peu. Pour certains, c’est leur 1 er Bol et malheuresement, la pluie s’est invitée sans notre bénédiction. Ne soyons pas tristes et buvons l’apéro.
C’est là que le Bol d’Or découvre son deuxième visage. Ce n’est pas qu’une course de 24 heures. C’est aussi un rassemblement où les passionnés de compétition et de mécanique se mêlent à une micro société de fétards et de dégénérés plus ou moins actifs. Le bordel est roi, la bière est souveraine. On s’amuse, on rit, on chante, on boit. Tout est prétexte à déboucher une cannette et le sourire est sur toutes les lèvres. Une balade dans le camp permet de toucher du doigt l’aboutissement de la connerie humaine : moteurs à l’agonie sous les mains destructrices d’excités de la poignée, voitures en parades promises à une destruction plus ou moins raffinée, prototypes de fou conçus exclusivement pour ce week-end incroyable. La créativité s’unit à la destruction, la folie se mêle à l’ambiance. Et pourtant, le danger et la peur n’ont pas leurs places ici. Dans cette cour des miracles, tout le monde applaudit, profite du délire, la joie effaçant les désagréments de la pluie. Cette dernière calme quand même quelque peu les ardeurs. Il y a moins de bordel que l’année précédente. Au hasard d’un détour, on rencontre James, un anglais endormi sur sa chaise avec sa bouteille de pastis et ses 3 Kro. Il en tient une belle et ce n’est pas le pire. L’abus se rencontre souvent mais ne choque personne. Pour certains, on s’endort n’importe où, n’importe comment, avec une certaine sérénité qui s’imprime sur le visage. On est tous des fous, mais des fous heureux. Derrière la bute, dans Adélaïde, les 4 cylindres des machines de course ne sont plus qu’un souvenir quand on s’attarde chez les allumés du moteur BMW. Un 6 en ligne bavarois est à la torture depuis plusieurs heures. Ses deux tubulures d’échappement sont rougies par la chaleur. Les flammes qu’elles crachent sont d’un bleu superbe dans cette nuit de fureur. Symphonie de couleurs virulentes saturées par le râle indescriptible du bouilleur automobile. On est chez les dingues et on admire. Pire, on voudrait faire comme eux.

             Rentrons. La fatigue se fait sentir et il faut marcher un bon moment. Attention à ne pas heurter le panneau d’agglomération « St POURCAIN sur SIOULE » et à éviter les flaques de boue grandissantes. Dur de repérer le camp de base avec 2 grammes. Heureusement, des spots clignotants fixés sous le drapeau nous guident. Eteints vers 3 hrs du mat’, ils ne profiteront pas à tout le monde. Certains auront beaucoup de mal à rentrer. On s’endort ivre de fatigue dans un brouhaha presque irréel. Le Bol d’Or, c’est une île au milieu de la civilisation. Un endroit où tout le monde laisse son cerveau à l’entrée. En somme, quelque chose d’indispensable.
La course se poursuit, la folie aussi. Ce n’est qu’après le drapeau à damier que l’adrénaline se voit régulée comme par magie. Les écuries remballent, la foule quitte le circuit ; en quelques heures, 70 000 motards quittent l’île et le calme envahit le campement. Cet exode massif laisse derrière lui un paysage de désolation. Les cannettes de bière se comptent par milliers. Des feux vivotent ici et là, abandonnés au milieu des poubelles et divers rejets que chaque groupe laisse après son passage. Un endroit à mi-chemin entre Terminator et Mad Max. Il y a bien encore quelques rupteurs mais à présent, la folie a laissé son sceptre à un modeste cafard. On se sent d’un coup bien seul. Il n’y a plus que quelques centaines de personnes. On voit encore passer un char façon Ben-Hur, une voiture esquintée, une moto tractant un matelas avec quelqu’un dessus. Les derniers soubresauts d’un monde qui s’éteint. Dans la pénombre qui s’installe, le réconfort viendra rapidement : une bonne fondue savoyarde, un bon feu de bois, encore quelques instants comiques, la dernière soirée s’endort dans la quiétude.

              Le lundi matin laisse un goût amer dans la bouche. Replier, remballer, ranger, démonter. On lève le camp pour repartir vers la civilisation. En 3 jours, c’est impressionnant comme on peut s’attacher à cet endroit. C’est aussi l’instant des dernières folies ; celle par exemple d’un certain Gerbator (titre de la personne la plus malade du week-end) qui termine sa prestation du séjour en détruisant une tente que son propriétaire avait la flemme de ramener. Une visite surprise de la gendarmerie pour vérifier les véhicules, quelques contrôles et on décolle. Pas bien longtemps. 400 mètres après être sortis du circuit, test d’alcoolémie pour tout le monde. Personne n’y coupe et aucun n’est dans le rouge. On repart. Prochain arrêt pour le ravitaillement des motos. Ensuite, retour à la réalité… Non, pas pour tout de suite. Il reste encore de la route, beaucoup de route. 350 km pendant lesquels on continuera à y penser sous le casque. 350 km où certains continueront à fredonner les chansons débiles entendues là-bas, où d’autres se diront en souriant : « Plus que 361 jours à attendre ! »


Certaines scènes citées dans cet opus seront prochainement disponibles en vidéo sur le site.


 
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