Rarement
l'industrie moto ne nous aura fabriqué
machine aussi étonnante.
Existe t'il un engin encore plus
étonnant ? La Münch
Mammut ? Non, même pas.
Eventuellement l'Y2K
à turbine d'hélico ou la Dodge
Tomahawk... Et encore, ce sont
surtout leurs motorisations de barjots
qui ont frappé les esprits.
La Tesi est une moto d'une autre
espèce, dont les précédents
se compte sur les doigts d'une seule
main ; à savoir la Tesi 1D
1ere du nom de 1991, et la Yamaha
1000 GTS.
Car
ce qui distingue ces modèles
de façon étonnante,
c'est leur train avant dépourvu
de fourche télescopique.
Comme sur la 1D, la Tesi 2005 utilise
un système de bras oscillant,
de moyeu directeur et d'un système
de renvoi par biellettes complètement
hallucinant. Plus compliqué,
tu meurs ! Nous reviendrons plus
profondément sur ce système
dans la prochaine fiche sur la Bimota
Tesi 1D.
Choc technique, choc visuel. Contrairement
à son aïeule, la 2D
défile sans son carénage.
Une nudité provocante où
le regard scrute et s'intrigue sur
chaque élément. Le
coeur de la Bimota est le twin desmodromique
de la Ducati
1000 SS (N.R : la première
Tesi de 91 avait eu droit à
2 versions du desmoquattro de la
Ducati 851, de 103 et 113 ch). La
mécanique est tout juste
cachée derrière le
porte-jarretelles qui fait office
de cadre, soit 2 platines fortement ajourées en aluminium
où viennent s'ancrer les
2 bras oscillants. De la poitrine
s'échappe un appendice en
carbone qui apporte l'air frais
à la boite à air faite
du même matériau. Un
échappement sous la selle
? Bof, trop banal. Et comme le centrage
des masses est une priorité
pour la Tesi, le pot se retrouve
sous le moteur, tel sur les Buell.
Autre caractéristique intéressante,
la taille du bras oscillant. Généreusement
dimensionné, trop même
au vu de la puissance annoncée.
Imaginez : quasiment une pièce
de MotoGP pour supporter 86 ch...
Etrange, à moins que l'usine
de Rimini n'ait prévu de
faire évoluer la Tesi avec
un moteur plus puissant.
Fini le détail, place à
l'ensemble. La vision de la Tesi
est celle d'une machine particulièrement
complexe. Une véritable usine
à gaz dont la notion de beauté
reste très subjective. Mais
faut-il ne retenir que cela de cette
Bimota ? Regardez avec plus d'attention
la fiche technique et en particulier
le poids. Il y a de quoi rester
interdit. 149 kg avec les pleins
! Exceptionnel. A peine le poids
d'un trail et 30 kg de moins que
la plus légère des
sportives japonaises.
Ce
poids mini permet de tirer grandement
profit du caractère et du
couple du bicylindre bolognais.
Ses pulsations agitent le gros compte-tours
analogique sur lequel se greffe
un minuscule afficheur digital qu'on
croirait piqué sur un vélo.
Carrément un tableau de bord
de proto. Une bonne dose de sensations
et un grand coup de gaz plus tard,
la 2D déboule à près
de 230 km/h. Pas extraordinaire
face aux surpuissantes nippones
qui tapent le 300 mais pas mal du
tout pour une machine de moins de
90 ch, et de surcroît complètement
à poil. Les Brembo n'ont
aucun mal à freiner ce poids
plume.
Maintenant, ce train avant
très technique, qu'apporte
t'il à la machine ? Et bien…
La Tesi se balance facilement d'un
angle à l'autre mais le pilote
n'a pas suffisamment de feeling
sur ce qui se passe sous les bracelets.
L'avant ne communique pas assez
d'infos sur le travail qu'il effectue.
Pas l'idéal pour une sportive.
Comme quoi, ce gros bordel n’a
pas autant d'efficacité qu'on
pouvait l'espérer.
Ne
voyez pas la Bimota Tesi 2D comme
une pistarde mais plutôt comme
une création doublé
d'un exercice de style. L'originalité
prime, la technique intrigue et
s'adresse aux passionnés
de nouvelles solutions. Vu le prix,
on est en droit de se poser des
questions. En fait, 46 000 €
n'est pas le prix de la moto mais
celui de l'exclusivité.
M.B
(Texte de l'essai inspiré par l'article de J-F. Robert
Moto-journal
n° 1 644 -
photos internet) |