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MRT - Lédenon

 
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Itinéraire d’un poireau sur circuit

          Poser ses roues sur circuit est l'idéal que tout amateur de sportive se doit de réaliser au moins une fois. D'une part pour se faire plaisir en toute sécurité mais aussi pour découvrir d'autres sensations. La première journée ne s'oublie jamais...:

          Samedi 17 hrs. Après avoir changé en urgence le pneu avant et les plaquettes de frein de mon CBR 1100 XX, et l'avoir embarqué à grands efforts sur la remorque a coté du TLR, L'équipage Ricardo et moi (Greg - votre serviteur), se lance vers le début d'une aventure. Tout s'annonce pour le "mieux" : il fait un temps déplorable, le thermomètre plafonne à 4° et la voiture à 120. La Punto diesel tire la tronche à tracter un ensemble remorque dépassant les 600 kgs. Heureusement, l'optimisme est à l'avenant et rien ne nous effraie. Plus on descend dans le sud, moins le ciel est encourageant, et plus la consommation de mazout nous inquiète : on carbure à plus de 12 L aux 100 km. Ahurissant. Arrivée en fanfare vers 20 hrs où nous attendent l'autre moitié du team. Will (GSX-R 1000), Guillaume (GSX-R 750), Aurel (GSX-R 750 piste) et Franck (à pattes). On doit poser les tentes. Au secours. Avec le mistral, les mains sont gelées en 3 minutes et on croirait qu'il fait -1000°. Planter les piquets est catastrophique dans ce terrain où la boue gelée fait place à 10 cm de profondeur à des caillasses où rien ne se plante. Tant bien que mal, les tentes sont debout et tout le monde est persuadé qu'elle s'envoleront dans la nuit. Apéro, petit repas chaud et fous rires avant que chacun se persuade d'aller "sous la couette". Je me réfugie dans mon sac de couchage, m'ensaucissonne dans un gros duvet, et la combinaison de ski est à portée de main au cas où. Je suis bien, au chaud, alors que de l'eau pourrait geler dans la tente. La nuit passe.

            8 hrs. Le soleil va bientôt faire son apparition. Mais avant, il faut se convaincre de mettre le nez dehors. Le mistral n'a pas faibli et on gèle aussi vite qu'hier soir. On s'active. Café, pain au choc (ce qui reste - un écureuil nous en a piqué pendant la nuit), et on se hâte de descendre les bécanes. Pression des pneus, un peu de graisse sur la chaîne, et on fonce au bureau des inscriptions. 20 min d'attente. Ce qui permettra à Mat de nous rejoindre. Il a décidé de se faire plaisir avec nous sur sa 250 RGV. Notre tour vient et nous décidons unanimement de prendre 2 sessions (2 catégories disponibles : moyens et confirmés) pour le matin et d'improviser pour l'après-midi. Fatale erreur. Les places partent comme des petits pains et nous serons pris de cours pour l'après-midi. Nous prendrons les dernières places, in extremis.
Le temps presse. On a 10 min pour mettre les combardes, ranger un peu le bordel, et s'aligner au départ...
Plus que quelques secondes. La tension monte. J'ai demandé des conseils à Mat - il a été simple et prévenant. "Vas-y doucement. Fais chauffer, découvre le circuit. Mets toi en confiance avant d'ouvrir". OK. Le moulin est à température. Le froid et le temps n'existent plus. Mon regard est figé vers cette langue d'asphalte qui n'attend que la folie des moteurs. On nous lache !
Surprenant. Le bitume nous accueille avec enchantement. Quel régal de découvrir une route dépourvue d'aspérité qui vous met instantanément en confiance. Un billard. La banane sous le casque, le coeur qui tape - je suis aux anges. Mat est devant moi et attaque le triple gauche. Consternation. Un coup de gaz trop optimiste, il perd l'arrière, raccroche, s'envole, part dans le décor. Mat, au bout de 20 sec de piste, est victime d'un high-side. Pour lui, la journée vient de se terminer. Merde ! Pas de bobo mais la RGV ne repartira pas. Ca refroidit et incite à la prudence pour les tours suivants.
Premier tour, en douceur, qui permet de découvrir un circuit technique, avec des virages en aveugle, des dénivelés conséquents, et au final, de sacrés tours de manège en perspective.
2 eme tour. La confiance s'est emparée de moi et l'aiguille du compte-tours ne cesse de s'affoler. La moto commence à pencher sérieusement. Je sors le genou, je jauge, j'apprends... le circuit va me faire re-découvir le XX.
5 eme tour. Plein gaz. Là, on ne rigole plus. La conduite est tellement grisante qu'on ne pense plus qu'à elle. Gros freinage, on jette la moto dans la courbe et on ouvre généreusement. La moto s'extirpe du virage dans un effort de poussée ô combien jouissif. Le grip est excellent (Pirelli corsa et Michelin pilot power), la concentration totale, l'envie persistante de repousser les limites. On verra ça pour la 2eme session.


          GO. Cette fois, on attaque sérieux. Les repères importants sont mémorisés mais je reste surpris dans beaucoup de virages. N'est pas pilote qui veut. La partie-cycle sécurisante du XX me permet d'avoir des trajectoires assez fluides mais la vitesse de passage en courbe demeure prudente. Ca viendra. Les tours s'enchaînent, l'angle augmente, et SSCCHHRRRIIICCCHHH... YAOUHOU ! Ca y est, le slider vient de toucher. Surpris, le genou s'est relevé d'instinct, ma trajectoire s'est écartée mais quel pied. Je me reprends et continue avec une joie intérieure sans bornes.
Petite pause à midi pour recharger et devenir bougon : pendant que la fourchette martyrise les pâtes, le ciel s'assombrit. Pas cool, sachant qu'on vient de reprendre 2 sessions pour l'après-midi ; Cela risque de devenir très délicat en cas de pluie.
Par bonheur, seules 3 gouttes s'abattent sur le tarmac. Blindé d'optimisme, je reprends le guidon pour une série dans la catégorie « confirmés ». Et là, on voit vraiment le potentiel des as de la piste. Je m'évertue à garder le CBR sur sa trajectoire, tombe un rapport pour re-donner de la gniak (le poids devient de plus en plus énervant au fur et a mesure que je progresse) mais la réalité est frustrante. Partout et tous, ça double à droite, à gauche, parfois à la limite de la touchette, et avec 20 km/h de mieux. Ecoeurant. Je décide d'augmenter le rythme. Un peu trop ? Je pousse à fond pour doubler une R1 dans la grande ligne droite. Ca passe. De suite, gros freinage et grosse frayeur. Avec le dual-CBS et les suspensions souples, l'arrière déleste trop et la roue se bloque. A 160 km/h, le cul de la moto balaie la piste. Vite, relachez progressivement le frein et plongez dans le virage. Je m'en tire avec une belle peur et une morale pour le reste de la course. "Ne suis pas ces barjots, t'es pas à leur niveau".
Pour la dernière série, de retour dans les "rookies", le plaisir est à nouveau omniprésent, surtout après avoir dérouillé des 996 et autres sportives de renom. Peut-etre plus prudent car la fatigue s'invite peu à peu, j'adopte un style plus coulé mais pas moins efficace. L'essentiel demeure : je m'éclate.
C'est assez fantastique de pouvoir mettre du gaz sans retenue sinon celle des limites que l'on a soit même décidé. Ici, pas de nid de poules, pas de radars, pas de volaille sur le bas-coté, pas de priorité à droite ou de caisseux qui oublie l'usage des rétros. La conduite, le pilotage, l'intensité de la concentration et du plaisir ; le cocktail est ennivrant. La vitesse, on s'en fout. A aucun moment tu ne regardes le compteur. Pas la peine, tes yeux sont rivés sur tes trajectoires et les repères de freinage qui empêchent de se mettre au tas.
Seul constat amer en fin de journée : un XX, ça se défend sur piste mais c'est pas fait pour - A la fin de la journée, il n'y a pas que les sliders qui ont frotté. Cale-pieds, béquille centrale, bas de carénage, carter d'alternateur... bonjour les écorchures.

              17 hrs - Faut pas traîner. Remettre les machines sur la remorque, 3 hrs de route, redescendre les machines ; sans compter qu'on est crevé et que certains bossent demain. Peu importe. Malgré le froid, le trajet, le budget (eh oui, rien n'est gratuit), la peur de la casse et le TLR qu'on a failli mettre en bas, toute notre équipe a profité d'une super journée. Pendant quelques heures, nous étions motards, pilotes, et en sécurité.

Best of Concept 2001-2006